INCIVILITÉ

Par: (pas credité)


Les maux d'une jeunesse mal-aimée et mal-aimante se traduisent souvent par
des comportements agressifs, une rage désordonnée, une violence antisociale
un peu brouillonne, qui fait qu'on s'en prend à tout ce qui représente
l'autorité, l'institution, l'officiel - plus encore qu'aux signes de
richesse eux-mêmes : agents des transports publics, enseignants, mobilier
urbain, etc. Les relations avec autrui sont tendues, le langage,
spontanément abrupt, et il semble souvent difficile de respecter les formes
minimales de la communication sociale. Et, pour désigner cette forme de
comportement, on entend de plus en plus le mot d'incivilité, employé par
des sociologues, des éducateurs d'abord, et petit à petit par un peu tout
le monde.

Le mot n'est pas difficile à comprendre : l'incivilité s'oppose à la
civilité, c'est-à-dire à la politesse. Mais, si on a choisi ce terme plutôt
que celui d'impolitesse, c'est pour marquer le caractère spécifique de
cette conduite, et aussi de souligner son refus des règles de sociétés. Ces
deux mots, de toutes façons, renvoient étymologiquement à la même idée : les
contraintes culturelles de communication qu'imposent la vie ensemble, en
ville, puisque cette ville, polis (grec) ou civitas (latin), est à
l'origine des deux mots.
Mais pour politesse, ce n'est plus qu'un vieux souvenir que seuls remuent
des linguistes rassis.
Pour civilité, la trace étymologique affleure, et justement le retournement du
mot incivilité, relativement rare la fait ressortir.

A noter la persistance du thème urbain : lorsqu'on s'occupe de ce "malaise
des banlieues", de la crise économique du point de vue des jeunes en
difficultés, de cette difficulté de s'intégrer à une société dont la
prospérité s'affiche pour ceux dont l'avenir professionnel et social est
très sombre, la même image revient : retisser le lien social, organiser ou
rebâtir la ville. Ça a été le nom du ministère et d'une délégation
interministérielle. Les jeunes sont donc désignés par leur géographie. Elle
souligne parfois les effets pervers de l'urbanisme des années 60-80 : les
cités qui, justement, n'ont de cité que le nom : anonyme juxtaposition de
barres d'immeubles qui rend bien difficile toute citoyenneté. (Parfois le
vague l'emporte dans le vocabulaire : la zone des années 60 a été remplacée
par les zones : ZUP, ZAC, etc.). Et puis, ces cités se sont morcelées en
quartiers, on sait bien qu'il ne s'agit pas du quartier d'Auteuil. Mais ce
vocabulaire n'est pas forcément péjoratif, et cette appartenance à la
ville, où se mêlent justement tant d'origines différentes, peut-être le
ferment d'une culture spécifique, ce dont témoignent les Rencontres
Urbaines récentes qui, à La Villette, présentaient cinéma, musique, théâtre
et danse issus de ces banlieues diverses.


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