ANE

Par: (pas credité)


- Encore un salon ? Oui ! - Et un salon de quoi, s'il vous plaît ? - Du cheval
- Déjà vu ! - Du cheval et du poney. - Réchauffé ! - Du cheval, du poney et de l'âne.
- De l'âne ? Intéressant !
Evidemment, triple buse que c'est intéressant, l'âne. Qu'est-ce que c'est
qu'un âne ? Un mammifère quadrupède domestique. Mais encore ? Un crétin. Et
bien sûr, c'est ça qui nous intéresse : l'âne, au figuré, et ça ne date pas
d'hier, désigne un imbécile, comme si l'âne était bête.
Il ne l'est pas pourtant, mais il n'est pas rebelle, convient aux tâches
serviles et quand il ne veut plus jouer au bon garçon, refuse simplement
d'obéir. De là, sa réputation d'obstination (têtu comme un âne, moins
fréquent pourtant que têtu comme une mule). Si l'âne porte des fardeaux
plus volontiers que des cavaliers, c'est qu'il galope moins que le cheval.
Le cheval est donc une figure de noblesse et d'arrogance, alors que l'âne
est la monture des humbles (Jésus entrant à Jérusalem).

Mais revenons à la qualité qu'on lui prête le plus volontiers : la
stupidité. Si l'on traite quelqu'un d'âne bâté, on redouble l'injure, ce
qui manque de logique : le bât est un genre de selle grossière, où l'on
peut assujettir le faix de l'âne. Rey souligne le fait que le mot est
totalement démotivé, qu'on en oublie même sa signification lorsqu'il
renforce le sens injurieux d'âne. C'est vrai, mais on peut aussi se
souvenir :
- que cet appareillage symbolise la servitude ;
- que d'autre part, l'assonance â/â aide à redoubler le sens initial de
l'expression.

La bêtise est si profondément liée à l'animal que l'on ne s'étonnera pas de
trouver dans son sillage images et dérivés.
Le bonnet d'âne stigmatisa longtemps le cancre dans les écoles de la
République. Faut-il en voir l'origine dans le mythe de Midas ? J'aimerais
en narrer l'histoire, mais toujours le temps nous presse.
On a aussi l'ânerie, c'est à dire la sottise. Non pas le défaut de celui
qui est bête, mais son résultat : une ânerie est une bêtise qu'on dit
(le plus souvent), ou qu'on fait (plus rarement). Familier sans être
vulgaire, le mot sert souvent de substitut acceptable à connerie.

Anonner veut dire lire, réciter ou simplement prononcer un texte en
bredouillant, sans assurance, sans maîtrise.
Quelques expressions qui font intervenir l'âne pour finir (et si on a le
temps) :
- beugler ou hurler comme un âne : récriminer, manifester bruyamment son
désaccord.
- faire l'âne pour avoir du son : faire le naïf ou le "bêta" pour avoir
davantage que ce qu'on vous donne.
- il est comme l'âne de Buridan : il ne sait pas se décider. (Cf. anecdote
de ce célèbre logicien).


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