LES MOTS DE L'ANNEE

Par: (pas credité)


Pour cette fin décembre, le quotidien Libération reprend les " cent mots de l'année ", et nous propose ce regard rétrospectif sur l'année 1998. Qu'en penser sous un regard linguistique ? Dans un chapeau liminaire, Libération pointe quelques tics de langage qui sont des reflets de l'actualité : on dit impeachment pour destitution ; fictif pour frauduleux ; Mitch pour ouragan ; Alliance pour coalition ; Brutus pour traître. Mais justement on ne le dit que dans des cas bien précis, qui renvoient à la réalité. Il n'y a guère que frappe pour attaque aérienne qui pourrait vraiment être une tendance linguistique, à terme, indépendante de son origine : l'intervention en Irak.

Peu de mots nouveaux, de néologismes, d'inventions qui resteront dans les annales - on notera même une certaine façon d 'éviter le plus évident : on ne trouve dans la liste ni Mondial, ni Coupe du Monde. Mais par la bande bien sûr, le sujet est présent : Mémé ( et pas Zizou ), hooligans , billetterie … Que trouve t'on qui tienne à la créativité linguistique ? Le seul mot qui sort du lot, c'est PACS, qui a donné le verbe pacser dont l'usage, fort pratique, dépasse le stade de la plaisanterie. Ce PACS en étant encore au stade de la conception, on ne sait s'il modifiera durablement les mœurs, et donc s'il s'installera dans le lexique, mais il a certainement marqué l'année.

Les autres néologismes présents dans cette liste sont bien anecdotiques : relutif, ( formé à partir de dilutif ) désigne des augmentations de capital qui augmentent le profit par actions. Deux manipulations syllabiques : L'une verlanisée : caillera, pour racaille - les casseurs de banlieue. L'autre, un mot valise médiatique et non populaire : Jubry ( = Juppé + Aubry ) pour désigner le plan pour la Sécurité Sociale. Et puis au chapitre des nouveautés, une marque déposée qui a fait beaucoup parler d'elle : le Viagra, pure et simple invention linguistique.

Des anglicismes ? Peu. La techno parade - dont le premier nom proposé était charivari technologique, pour faire plus français, mais qui décidément était trop compliqué, alors que la techno parade fait écho à la love parade. Et puis le bug, bien plus fréquent que le bogue, qui a fait beaucoup parler de lui, même s'il est prévu pour l'an 2000. On peut terminer avec l'Euroland qui pose à Libération un problème de genre et d'orthographe. Le féminin et l'e final franciserait le mot sur le modèle de Hollande, Thaïlande, Finlande. Mais est-ce souhaitable, dans la mesure où ce terme est pour l'instant surtout employé par de farouches opposants à l'unification de l'Europe, qui le font plutôt rimer avec Disneyland ?


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