EUROLANDE

Par: (pas credité)


Euroland ou Eurolande ? La mise en place de l'euro change progressivement
les habitudes monétaires, mais aussi linguistiques. On peut noter que
l'espace couvert par les onze pays qui ont adopté l'euro n'a pas été
dénommé "Zone Euro". Pourquoi ? Peut-être parce que le mot "zone" est
légèrement péjoratif (mais légèrement seulement), peut-être parce que le
précédent "zone franc" ne désignait pas un espace à monnaie unique. En tout
cas, si aujourd'hui on entend un terme, c'est celui d'Euroland (e).
Il circule depuis un certain temps déjà, mais est resté péjoratif pendant
des mois. Ecrit sans e final, à l'américaine, employé au masculin, il était
surtout utilisé par ceux qui étaient hostiles à la monnaie unique. Il
évoquait la peur de la suprématie économique allemande : tout le monde sait
que "Land" est un mot allemand et que les" Länder" sont des Etats, assez
autonomes, qui constituent la république allemande. "Euroland" en serait-il
un nouveau ? Mais on faisait aussi rimer "Euroland" avec "Disneyland" voire "no
man's land" et les significations dont on gonflait le mot mettaient sur le
même plan "monnaie unique" et "pensée unique". Ce pays imaginaire à suffixation
anglo-saxonne évoquait une normalisation sans âme, une absence d'identité
culturelle, un ponçage des particularités de chacun.

Un précédent étonnant est à noter : le "yiddishland", mot qui désigne
familièrement la diaspora juive ashkénase en Europe. Mais ce mot désigne
(désignait ?) une identité culturelle éclatée, éparpillée sur de nombreux
pays de l'Est européen et reconnaissable à sa langue, le yiddish. Soyons
honnêtes, le mot était plus utilisé en anglais qu'en français, probablement
comme un démarquage du mot "Poland" (Pologne, en anglais ). En tout cas, le
terme n'a rien de péjoratif, au contraire.

Mais ce qui est réellement bizarre, c'est que cette "Eurolande", nouvellement
arrivée, avec un e final et une tendance au féminin, semble infiniment plus
neutre, telle qu'elle a été évoquée par une bonne partie de la presse en
cette nouvelle année. D'abord, le mot est francisé, donc le français y
trouve son compte. Cette francisation n'a rien de sauvage, mais s'opère sur
un modèle qui a déjà souvent servi pour plusieurs pays ou régions
européennes : Irlande, Hollande, Finlande.

Et de toutes façons, le suffixe -lande ne fait pas spécialement peur et il
se situe à l'opposé des travers eurocratiques. Les "landes", en France,
évoquent un paysage boisé. C'est même le nom d'un département tout couvert
de forêts de pins, dans le Sud-Ouest. Quant à la "lande", au singulier, elle
évoque davantage un paysage celtique, une étendue déserte, romantique et
qui prête à rêver.


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