CENT

Par: (pas credité)


La mise en place de l'euro fait resurgir la polémique sur l'appellation non
de cette monnaie, mais de son fifrelin - je veux dire de sa fraction.
Comment prononcer ? Voilà déjà un problème épineux et les francophones
répugneront pour le principe à prononcer "à l'anglaise", en faisant
sonner le cent comme la centième partie du dollar. C'est bien
compréhensible, d'autant que seul un pays de l'eurolande, l'Irlande est de
langue anglaise. Mais, ce mot pourra sans dommages être prononcé à peu près
de cette façon pour les Néerlandais, les Allemands, etc. Pour les Français,
l'affaire est différente.

On a en fait un triple écueil : le mot est homonyme de monnaie déjà
existante (Etats-Unis, Pays-Bas…), la prononciation pose un problème,
enfin le mot en français est homonyme du nombre cent.
Et cette dernière question est multipliée du fait que le nombre comme
l'unité monétaire se comptent et se multiplient eux-mêmes : "Puisque c'est
vous, Madame Lattanzio, je vous les fais à cinq cents…". Vous imaginez le
casse-tête.

L'Académie Française, jamais avare de conseils sentencieux s'est donc
saisie de la question et a proposé comme unité le centime - le centime
d'euro, bien sûr. Ça vaut ce que ça vaut - à mon avis pas cher. L'ambiguïté
subsiste avec un même mot pour deux unités différentes. Mais le problème
c'est vrai, valait qu'on le soulève et de toutes façons l'autorité de
l''Etat, qu'elle soit politique, économique ou linguistique a toujours eu son
mot à dire sur ces questions. Le centime n'est-il pas fils de la
Convention, porté par elle sur de laïques fonds baptismaux le 24 août 1793,
avec leurs grands frères les décimes ?

Ce préfixe centi-, moteur sémantique de mot centième, a de toutes façon été
omniprésent dans le vocabulaire décimal de la Révolution (centimètre,
centilitre, centigrade, etc.). Voilà pour le centime, mais revenons au cent,
ce mot aux usages multiples.
Bien que ce soit un peu vieillot, on l'utilise encore comme nom commun pour
désigner un ensemble de cent unités : un cent d'œufs, un cent de bûches.
Mais c'est peu courant. La différence entre le cent et la centaine est donc
d'usage, mais aussi de précision : un cent est toujours précis, alors
qu'une centaine de bûches renvoie à une estimation approximative. Mais
attention, c'est encore une question de contexte. L'article défini peut
venir préciser le nombre. Si je dis : "le père Duisenberg vend ses bûches
cinq euros la centaine", il ne s'agit plus du tout d'une évaluation à la
louche.

Il n'empêche : cent évoque souvent la simple idée du grand nombre, en
particulier dans de vieilles expressions toutes faites : les quatre cents
coups, les cent pas… Exactement comme mille : "j'étais à cent lieues, ou à
mille lieues de me douter que"… Et on trouve cette équivalence clairement
présentée dans l'expression : "il gagne des mille et des cents".
S'il nous reste encore quelques secondes, on pourra évoquer l'étrange
destin de l'expression pour cent. Mathématique au départ, elle a évolué
dans le langage courant : cent pour cent veut dire complètement ("je suis à
cent pour cent d'accord avec vous" - et même par exagération plaisante : "je
suis à cent cinquante pour cent d'accord".


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