MISANTHROPE

Par: (pas credité)


1) Le mot apparaît pour la première fois comme substantif et adjectif dans
Rabelais, "le Quart Livre". Il est formé sur le grec "mis" (miso du verbe
misein, haïr et antrhopos, l'être humain). A l'origine, donc, le mot a son
sens plein de "personne qui hait le genre humain".

Par la suite, le sens s'édulcore : "personne peu sociable, d'humeur
sombre". C'est le sens du mot chez Molière : le misanthrope est assimilé à
l'"atrabilaire" (Alceste est un "atrabilaire amoureux"), i. e. celui qui a
des "humeurs noires" : ater = noir en latin (féminin = atra). La théorie
des quatre humeurs (bile, atrabile, flegme et sang) est l'une des bases de
la médecine ancienne. Celles-ci ont la réputation de déterminer le
caractère de la personne.

Ainsi, l'"atrabile" ou l'"humeur noire" est associé à l'idée de
"mélancolie", qui a le même sens étymologique (mais en grec) et désigne les
personnes de caractère sombre et taciturne.

2) En stricte construction étymologique, "misanthrope" s'oppose à
"philanthrope". Ce n'est qu'au XIXème siècle que l'on revient en partie à
une définition étymologique de misanthrope susceptible de devenir le
contraire de philanthropie. La philanthropie, fort à la mode au XIXème
siècle à travers la multiplication des "sociétés philanthropiques" exprime
une attitude de bienveillance et de générosité. Elle a remplacé l'idée de
"charité" trop marquée par le christianisme. Elle a disparu ou presque, à
son tour, avec la montée des notions de solidarité, entraide, organisation
humanitaire.

3) Le préfixe "mis" est utilisé dans son sens plein, par exemple dans le
mot "misogyne", celui qui hait les femmes et "misogynie". Le mot qui existe
depuis le XVIème siècle ne se répand qu'au XIXème siècle. Il devient
courant au XXème siècle, certainement sous l'influence de l'évolution des
mœurs et le féminisme.

En parallèle la "misandrie" (et l'adjectif misandre), "haine des hommes" au
sens du sexe masculin (et non du genre humain comme la misanthropie) ne
s'emploie guère, bien que le mot existe, sans doute parce que cette
attitude est moins répandue que l'autre dans une société "machiste"… (?)

Le préfixe s'emploie aussi dans le lexique savant pour former des mots qui
désignent des comportements philosophiques ou sociaux à base de haine ou de
rejet ; par exemple la "misologie" = haine de la raison. Récemment un
professeur de philosophie, irrité par les propos du ministre de l'Education
nationale sur l'utilité de la discipline a qualifié le ministre de
"misologue" dans une émission sur une chaîne câblée. Il a d'ailleurs
éprouvé le besoin d'en expliquer le sens.

4) Enfin le préfixe mis (o) peut être rapproché du suffixe "phob(i)e" qui
désigne aussi une aversion pour quelque chose. Toutefois, à l'origine,
phobie implique la fuite et donc la crainte de…, plutôt que la haine.


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