NORD

Par: (pas credité)


L'actualité du Sommet mondial de la nordicité à Québec est l'occasion de parler abondamment du nord. Le sens est clair : il s'agit du Sommet des pays du nord. Qu'est-ce que cette nordicité ? Un néologisme à faire froid dans le dos ? Il paraît que le mot existait déjà avant la tenue du Sommet. En tout cas, il est formé à la manière de ces substantifs abstraits : modicité, ethnicité, ou même francité, pour reprendre un exemple géographico-linguistique, qu'on trouve par exemple en Belgique (Maison de la Francité).

Et le nord alors ? Vieux mot qui vient de la direction qu'il désigne : il naît dans les langues germaniques et saxonnes, et en anglais du 9ème siècle, il désigne déjà la direction de l'étoile polaire. Le mot passe en français, et même dans d'autres langues latines (italien, espagnol…) où il supplante Septentrion qui ne subsiste que de façon rare et très littéraire dans notre langue. L'origine en était pourtant jolie : Septentrion, ce sont les sept bœufs de labour (septemtriones) qu'on imaginait formant cette constellation appelée aujourd'hui la Grande Ourse.

Le nord est donc bien l'un des quatre points cardinaux, mais il renvoie bien souvent à ce qui est situé au nord du locuteur, ou simplement de référent : le nord de l'Italie est bien au sud, si on le considère depuis Strasbourg ; idem pour l'Afrique du Nord vue de Marseille, ou le Nordeste brésilien envisagé à Bogota.

Pourtant, en français, le mot s'est spécialisé dans certains sens particuliers : le Grand Nord, c'est vague, mais c'est sauvage, silencieux, peu habité, genre banquise et compagnie, et ça évoquerait plutôt le Groenland ou l'Alaska, jusqu'à aller se perdre (ou se retrouver) aux confins du pôle.

De même, les pays nordiques recouvrent en gros les pays scandinaves. Attention, on a en français un autre adjectif, nordiste, dont le sens géographique est différent : il s'agit de ce qui est propre au département du Nord - ou peut-être plus généralement de la Région Nord-Pas-de-Calais. Historiquement, bien sûr, son sens est encore différent : les Nordistes s'opposent au Sudistes, et nous voilà en Amérique, en pleine Guerre de Sécession.

En tout cas, le Nord est toujours resté le point cardinal de référence, celui qu'indique l'aiguille aimantée, qui sert à repérer les autres. Ainsi se comprend l'expression "perdre le Nord" (ou perdre la boussole), c'est-à-dire perdre la tête ou les pédales, ne plus y être, faire n'importe quoi. Toutefois, l'expression s'emploie rarement dans ce sens, mais beaucoup souvent à la forme négative : lui, il ne perd pas le Nord = il garde la tête froide, et se rappelle dans la tourmente où est son intérêt.


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