SAUCISSON

Par: (pas credité)


Qui a "saucissonné" Aznavour ? Est-ce le nouveau jargon de la pègre nouvelle ?
En tout cas, il paraît que c'est "saucissonner" qu'il faut dire quand on
ligote sérieusement un client fortuné pour l'asticoter jusqu'à ce qu'il
vous "gazouille" la combinaison du coffre et le code de sa carte bleue. Comme
quoi la charcuterie a tous les bonheurs. Ce qui nous vaut d'explorer
quelques-uns de ses sens figurés les plus savoureux.

Quid du saucisson ? La chose est goûteuse et le mot bon enfant. Au-delà de
son sens propre, le saucisson se prête à la suffixation, voire à l'aphérèse
populaire : "sauciflard", "siflard"… et même à la dérivation verbale,
"saucissonner", c'est-à-dire pique-niquer sommairement dans un lieu sans
destination dînatoire tel que bord de route ou stade à la mi-temps. Par
analogie de forme, le "saucisson" s'utilise volontiers comme désignation
plaisante : un "saucisson sur pattes" fut, paraît-il, alternativement une
personne courte et grosse, un cheval ou un chien bas sur pattes. Mais le
même dictionnaire d'Alain Rey nous apprend que si "le saucisson ficelé"
(individu maladroit) a disparu, "être ficelé comme un saucisson" (être mal
habillé) demeure usuel. L'image d'Aznavour réapparaît et s'explique,
malgré le changement de sens.

La "saucisse" sert aussi à désigner moqueusement une personne, mais
contrairement au "saucisson", il s'agit plutôt de quelqu'un de grand et
maigre : une grande "saucisse".
Et la comparaison dépréciative continue avec le "boudin", nettement plus
péjoratif, pour désigner une jeune femme jugée trop grosse. Cet emploi est
à mettre en rapport avec "boudiné" : gonflé par endroit car trop serré à
d'autres. Si critiquable qu'elle soit, la première expression remonte
peut-être aux origines premières du mot. On ne sait rien de certain sur ses
origines mais le mot provient vraisemblablement d'une onomatopée qui
associe la consonne "b" à une idée de gonflement. C'est, en tout cas, l'un des
exemples principaux de Pierre Guiraud qui, en contre-pied d'une théorie
systématique de l'arbitraire lexical, milite pour une formation expressive
de nombreux vocables ainsi "bouffi", "bourré", "baudruche", le sympathique et
publicitaire "bibendum", etc. Le "boudin" serait donc essentiellement une
membrane qu'on farcit et qu'on gonfle. Une autre formation familière
s'expliquerait de la même façon : un à-peu-près familier et enfantin fait
de "faire du boudin" l'équivalent de "bouder" (faire la tête). Et le verbe
"bouder" appartiendrait à la même série onomatopéique.

L'émission serait incomplète sans une mention de l'"andouille", mot également
péjoratif, mais qui n'a rien de machiste. Au contraire, malgré le genre
féminin du mot, il semble qu'il insulte plus souvent les hommes : une
"andouille", c'est un crétin. Le sens vient vraisemblablement d'un premier
sens argotique qui identifie l'"andouille" au sexe masculin. Et aujourd'hui,
il s'applique aussi bien à une personnalité qu'à un comportement
particulier et passager ou accidentel : "faire l'andouille", "jouer à
l'andouille".


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