EXCISION

Par: (pas credité)


Première en France : une femme ayant pratiqué l'excision est jugée devant
un tribunal, la victime ayant porté plainte (elle avait 8 ans à l'époque
des faits).
L'excision consiste à couper le clitoris, plus parfois aussi les petites et les
grandes lèvres d'une fille en bas âge.
NB : le mot est ici employé en valeur absolue, sans complément. L'excision
désigne l'opération du clitoris.

Or, le mot existe employé avec un complément : l'excision d'une tumeur
- l'excision d'une verrue
- l'excision d'un cor au pied
conformément à son origine latine : ex = retirer et caedere = en coupant,
en tranchant.

Les mots ont une importance dans cette affaire. L'excision est souvent
pratiquée dans des conditions sanitaires lamentables qui entraînent
infection, parfois mort et, de toute façon, souffrance. Voilà pourquoi on ne
parle pas dans ce procès de "clitorid-ectomie", mot savant qui vient du
grec "extômé" = amputation. Le mot ferait trop référence à un acte médical
pratiqué dans les règles de l'art, ce qui n'est pas le cas.

Dans le dictionnaire, on peut lire la définition suivante : excision =
ablation du clitoris, parfois des grandes et des petites lèvres. NB: on
précise ablation "rituelle".
"Ablation" est un mot neutre, très tôt employé dans le contexte médical.
Exemple : ablation d'un rein, d'une dent, des amygdales.

Si l'on parle d'"amputation", on introduit une nuance particulière.
"Amputation" = ablation d'une partie du corps (souvent d'un membre).
L'origine est intéressante : lexique horticole. En latin "putare" veut dire
émonder (un arbre) et ambi = autour. Amputare = tailler. Puis, au XVIème
siècle, avec Ambroise Paré on emploie le mot dans un contexte chirurgical.

Durant le procès, parlera-t-on de "mutilation" ? Ici, il y a une valeur
négative ajoutée = ablation + privation + dégradation (résultat d'une
action violente). Cette valeur est à rechercher dans l'origine latine
"mutilus" = amoindri, diminué (notamment en parlant des animaux écornés),
ce qui explique que l'on réserve des places assises aux "mutilés de
guerre" dans les bus et les trains (et pas aux amputés), ce qui explique
(au figuré) que l'on mutile des statues et pas qu'on les ampute. Qui dit
"amputation" dit violence, agression.
C'est pourquoi les petites filles excisées à qui on ne demande pas leur
avis subissent bien une mutilation.

Emission coproduite avec le Centre national de documentation pédagogique (CNDP).


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