ACIER ET FER

Par: (pas credité)


Krupp et Thyssen ne feraient plus qu'un ? De cette fusion, on
reparlera... En attendant, parlons de la matière première qui les
occupe, l'acier.

L'acier, alliage de fer et de carbone, c'est solide : c'est le caractère
qui domine dans toutes les expressions figurées où on le rencontre.
Etymologiquement, le mot est associé au vocabulaire de la guerre, puisqu'il
dérive du latin "acies", pointe d'arme, notamment d'épée. Quel que soit le
destin du mot, il a d'emblée l'image de ce à quoi il vaut mieux ne pas se
frotter. Les qualificatifs techniques qu'on lui accole servent parfois, au
figuré d'intensif : moderne, "acier inoxydable", ou ancien, "acier trempé",
d'où dérive l'image d'"un caractère bien trempé", d'"un homme de forte trempe".
L'expression s'utilise donc surtout pour la volonté ("volonté d'acier" ;
moins souvent, "homme d'acier"). Mais plus encore, peut-être dans
l'expression "des nerfs d'acier", c'est-à-dire des nerfs qui ne flanchent
pas. On ne cède pas à la panique, on ne se laisse pas déborder par
l'émotion quand on a des "nerfs d'acier" : maîtrise de soi et sang-froid
dominent. C'est une qualité, et pourtant l'image peut évoluer vers un
registre où elle est parfois perçue négativement : "un regard bleu d'acier"
est froid à vous faire froid dans le dos.

Face à cette détermination sans affect, le fer, s'il n'est pas plus
flexible, est plus fruste, plus brut, moins secondarisé : "une santé de fer".
Mais le sens général est quand même identique, et parfois, les deux images
sont interchangeables : "une volonté de fer" s'emploie plus fréquemment qu'"une
volonté d'acier". Et, sans que l'acier soit possible dans les expressions
suivantes, on a "la main de fer" (éventuellement dans "un gant de velours")
et "la poigne de fer" pour désigner une autorité très sévère.
Mais le fer suit une pente qui l'amène plus volontiers à la métonymie qu'à
la métaphore. Le mot vient, bien sûr, du latin où il a le même sens, mais il
arrive en français avec cette première signification d'épée. Il commence
donc par le figuré ; et il reste bien des traces de ce premier sens
("croiser le fer", "par le fer et par le feu", etc.). Mais il a acquis bien
d'autres significations, dans la mesure où il symbolisait nombre d'objets
fabriqués en fer. Certains sont liés à la violence : les fers sont l'image
des chaînes des prisonniers ("être dans les fers") depuis le XIIème siècle,
et cette image est déjà présente en latin. D'autres sont bien plus
pacifiques : fer à cheval, à repasser, à friser…



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