FUSION

Par: (pas credité)


Fusion Krupp/Thyssen ? On en parlait déjà hier. Regardons de plus près : ce
mot de "fusion" ne vous interpelle-t-il pas ? Son sens est clair. C'est le
fait d'agglomérer, d'agréger deux entités pour en faire une seule plus
grosse. Et on ne préjuge pas de l'importance de l'un des composants par
rapport à l'autre, contrairement à l'absorption, l'annexion, etc. On dit
que les deux éléments "fusionnent". Cette image s'utilise plutôt à propos
d'organismes abstraits : des partis politiques, des entreprises, voire des
états.

L'image est claire : la "fusion" au sens littéral, désigne un changement
d'état physique, un passage de l'état solide à l'état liquide, sous
l'action de la chaleur. En général, on emploie ce mot à propos des métaux
(métal en fusion, température de fusion). Et quand les deux métaux sont à
l'état liquide, on peut les mélanger et attendre que ça refroidisse, pour
avoir un nouveau matériau où les deux éléments d'origine sont
indiscernables.

Ce sens de "fusion" est donc figuré : on utilise le même mot pour la cause
(la liquéfaction) et la conséquence (le mélange). Et le verbe "fusionner"
ne s'emploie que dans ce sens dérivé : il faut nécessairement deux
éléments, alors qu'on peut parler de la "fusion" d'un seul métal.

Mais c'est une nouvelle étape dans la figuration qui permet, par exemple,
de comprendre l'adjectif "fusionnel". Ce mot s'emploie pour un couple, une
famille, une secte même, enfin un groupe d'individus où les individus
vivent plus pour le groupe que pour eux-mêmes. On parlera même de sentiment
religieux fusionnel, si l'on a l'impression de ne faire qu'un avec Dieu, la
Création, le Grand Tout et "patin couffin".

Le sens général de cette famille correspond donc à une idée de disparition
d'un élément dans sa rencontre avec un autre.

Le verbe symétrique "fondre" est également utilisé dans un sens figuré qui
fait prévaloir une idée de disparition.

"Fondre", c'est se répandre (premier sens latin), se transformer en liquide,
mais on est là dans un univers bien plus quotidien, moins métallurgique et
industriel : le beurre, la neige fondent. Même le sucre, bien que le
processus soit là différent : le sucre se désagrège, sans fondre vraiment.
Mais peu importe, on ne le voit plus (dans le verre d'eau par exemple), on
dira donc qu'il a fondu. Et de façon figurée, on dira couramment que
fondent des économies, un pécule, un héritage, un budget…

Autre sens figuré : des expressions comme "fondre en larmes" : tout votre
être coule avec vos larmes, il s'épuise dans l'expression de sa tristesse
et de son désarroi. On a donc l'impression qu'on ne se retient plus, qu'on
se laisse aller, idée dont on retrouve la trace dans les locutions
différentes comme "fondre de bonheur", "de plaisir", et même, plus moderne
et légèrement familier (presque enfantin) : devant tant de naïveté, "j'ai
fondu" ; "il est fondant" - c'est-à-dire il est séduisant, attendrissant.



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