ŒIL DU CYCLONE

Par: (pas credité)


Corruption, sang, factures… Les exemples ne manquent pas, qui font
entendre une expression à la mode : "M. Machin est dans l'œil du cyclone".
C'est-à-dire que M. Machin est en mauvaise posture, dans une situation
difficile et un contexte mouvementé. C'est lui le plus menacé : il est
exactement à l'endroit où les perturbations sont plus fortes, en plein
milieu de la tourmente. L'œil, c'est donc le milieu.

Mais l'expression tend à prendre un sens encore différent : "M. Machin est
dans l'œil du cyclone", c'est-à-dire que c'est à lui qu'on s'intéresse le
plus, c'est vers lui que convergent les soupçons, les indices de
culpabilité. A ce moment-là, l'expression ressemble fort à "être sous
l'œil du cyclone", c'est-à-dire être sous l'œil du juge ou de
l'investigateur. On est visé ; ça équivaut à être dans le collimateur, être
le point de mire, et c'est le sens du mot "œil" qui a joué.

Pourtant il faut se rendre compte que le sens premier de cette locution est
non seulement différent, mais totalement opposé. Un cyclone est une tempête
à mouvement tournant : des vents très forts se déplacent plus ou moins en
spirale en suivant un mouvement giratoire. Au milieu de cette spire, on
trouve une petite zone de calme parfait. "L'œil du cyclone" est donc son
centre, un point de tranquillité qui contraste avec l'infernale tornade qui
l'entoure.

Et attention à la faute : "Il est dans l'œil du cyclope".
Quelques autres expressions sont de la même façon utilisées au sens figuré
au rebours de leur sens littéral : les fameuses coupes sombres qui
évoquent des restrictions budgétaires, ou parfois des compressions de
personnel. L'adjectif sombre évoque ce qui est lourd de menaces, et l'ombre
est liée au mauvais augure. Or, au départ, cette expression appartient au
vocabulaire des bûcherons, et elle s'oppose aux coupes claires. En fait les
coupes claires sont bien plus importantes : elles sont censées éclaircir,
faire des clairières, alors que les coupes sombres conservent l'ombre du
bois : on coupe trop peu pour que ça se voit. Dans un langage imagé et
soigné, il est de bon ton d'employer l'expression au figuré, mais
conformément à son origine.

Terminons avec "faire long feu". On sait que l'expression usuelle dit :
"Ça ne fera pas long feu" pour dire, ça ne durera pas. Et une logique
élémentaire fait que l'on comprend facilement. Mais, comme pour les
locutions précédentes, l'image évidente, qui justifie plus ou moins
l'emploi contemporain, n'est pas conforme à l'image d'origine de
l'expression. Et là, il s'agit d'une mèche qui doit déclencher un coup de
canon. Si "elle fait long feu", c'est qu'elle a mal brûlé, et donc qu'elle
n'a pas réussi à mettre le feu aux poudres. Au départ, on a donc
l'expression figurée : "faire long feu", pour dire échouer, tourner en eau de
boudin. L'expression s'est retournée à la négative, quand son origine n'a
plus été comprise du tout, parce qu'elle semblait ainsi plus conforme au
bon sens.



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