LATIN DU LIVRE

Par: (pas credité)


Le Salon du livre nous donne l'occasion de remonter aux sources de l'écrit
imprimé et de rêver quelques instants à Gutenberg. Il serait donc
conséquent de rêver en latin, puisqu'au XVème siècle, c'était surtout dans
cette langue qu'on écrivait. Rien d'étonnant donc si le vocabulaire savant
et ancien du livre présente encore de nombreuses traces latines :
"in-quarto", "in-octavo" désignent des formats d'ouvrages. L'unité étant la
feuille d'impression, l'"in-quarto" est un livre fabriqué avec une feuille
pliée en quatre, donc donnant huit pages. L'"in-octavo", deux fois plus
petit, a sa feuille pliée en huit, et donne seize pages.

C'est bien beau de fabriquer, encore faut-il en avoir le droit. L'interdit
ou la permission s'expriment également en latin. L'"imprimatur", par exemple
est une locution latine qui veut dire littéralement qu'il soit imprimé. On
pourrait croire que ce latin remonte au Moyen-Age ou à la Renaissance, mais
tout ça est beaucoup plus moderne. Comme si, par plaisanterie, on avait
voulu faire vieux. Et le premier de ces plaisantins, c'est Mérimée qui, en
1844, emploie le mot pour donner son accord à une publication. Le terme est
repris avec un sérieux papal par l'autorité ecclésiastique ou l'Université,
pour signifier qu'elle donne son aval à une publication. De nos jours, le
mot est toujours utilisé pour exprimer qu'on publie un texte après en avoir
référé à une certaine autorité.

En symétrique opposé, on a l'"index". L'origine de ce mot est la même que
celle du verbe "indiquer". L'"index" est donc le deuxième doigt de la main,
celui avec lequel on suit une liste pour ne pas s'y perdre. Donc, premier
sens familier et lié au monde du livre : un "index" est une table
alphabétique où sont recensés tous les noms propres ou tous les termes
importants d'un ouvrage, avec indication des pages où il en est question.
De ce sens de table alphabétique, on dérive à celui de "catalogue" et
immanquablement à celui de catalogue des livres dont la lecture est
interdite par le Saint-Siège, pour ce qu'ils offensent la morale ou la
doctrine. "Mettre à l'index," c'est donc censurer. Dernière dérive, l'index
est parfois pointé vers une personne. "Mettre quelqu'un à l'index" est un
signe d'infamie : c'est montrer du doigt, exclure, mettre en quarantaine
quelqu'un.

De nombreux autres termes sont encore compris, mais parfois un peu
vieillis. C'est le cas d'"ex-libris", une expression qui a été remise au goût
du jour par une émission littéraire de télévision. A l'origine, c'est
l'inscription apposée sur un livre pour en indiquer le propriétaire ; et
par extension, les vignettes artistiques qui portent le nom
(et les armes) de l'heureux bibliophile.
Et puis, si le temps ne nous manque pas trop, on parlera d'"éditions
princeps".



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