CHASSEURS DU FREICHUTZ

Par: (pas credité)


On reprend le Freischütz à l'Opéra de Nancy, illustre opéra de Weber, dont le titre, quoiqu'on en dise pose un petit problème à l'auditeur français : traditionnellement, on ne le traduit pas, avec ce clin d'oeil de connivence entre mélomanes avertis : on sait de quoi on parle.

Créé en Allemagne en 1821, le Freichütz fut présenté peu de temps après en France, en 1824, sous le titre "Robin des Bois". L'adaptation n'était pas mauvaise, mais convenait essentiellement pour un opéra chanté en français. Quand il est chanté en allemand, ce qui est le cas général, on garde le titre allemand, d'autant qu'il n'a pas de réel équivalent en français. Littéralement, il signifie "tireur d'élite", mais cette expression évoque plutôt des policiers actuels, planqués sur des toits, que les chasseurs de légende qui vendent leur âme au diable, et participent à un concours de tir pour gagner la main de la fille du prince. N'aurait-on pas pu trouver un meilleur synonyme que "tireur d'élite" ? Difficile, il n'y en a pratiquement pas, à part peut-être un "bon fusil", une "bonne gâchette", (métonymie comparable à "fine lame"), assez peu usités et qui n'ont pas le caractère superlatif du "tireur d'élite", a fortiori du Freischütz.

Mais c'est toute la culture alémanique (Guillaume Tell et compagnie : là encore, l'opéra rôde) qui est friande de ce genre d'adresse : il faut viser juste, lièvre, pomme ou cible.

"Viser" est un verbe important dans le sens figuré "chercher à atteindre" : "je me sens visé" ; "c'est le Premier ministre qui est visé par ces propos". Le verbe a même souvent un sens carrément abstrait, qui le rapproche de tenter (= avoir pour objectif) : "cette manoeuvre vise à déstabiliser le Gouvernement". "Vous visez bien haut en courtisan, Marinette" (= vous êtes ambitieux, vous voyez grand).

Quant au mot "cible", pour revenir à nos tireurs, il est souple et productif actuellement. Au départ, il vient du vocabulaire du tir à l'arc, et de l'alémanique, passant par le fribourgeois (que vous disais-je ?). Ce carreau qu'on doit toucher de son projectile est à l'origine de nombre d'expressions figurées (pan dans le mille !). Depuis longtemps, on dit que quelqu'un est la cible (des railleries ou des attaques), c'est-à-dire qu'il est visé.
Le mot est très utilisé dans le jargon commercialo-médiatique.

Mais attention, ne nous méprenons pas ; la "cible" c'est qui on vise, non pas ce qu'on vise et "cible" est en fait l'abrégé de l'expression "public-cible". Il s'agit du public qu'on veut toucher, atteindre avec plus ou moins de précision dans le processus : cette émission s'adresse aux jeunes, avec un coeur de cible représenté par les lycéens urbains de 15-18 ans.



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