ÇA

Par: (pas credité)


On adapte au théâtre du Rond-Point, à Paris, les "Histoires comme ça" de Rudyard Kipling. Je sais bien que c'est une traduction mais ce "comme ça" fait diantrement idiomatique : histoires à ma manière, comme on se les raconte…

"Ça" de toute façon est un drôle de mot, une contraction du pronom "cela" qui appartient d'abord (et encore maintenant dans la plupart des cas) à la langue orale, et qui est assez récente (XVIIème probablement, bien qu'il soit très difficile de dater la langue orale).

Pourtant le profil du mot a changé avec le temps. Aujourd'hui, "ça" a quand même sa place dans la langue écrite et on a oublié le temps où il appartenait au bas-parler" à la langue vulgaire. (Cf. Hugo et le kekcéksa de Gavroche qui anticipe Queneau).

Pour autant, on ne peut pas le considérer comme un simple équivalent de "cela".
Parfois oui, en particulier lorsqu'il remplace réellement un nom ou une série de noms clairement identifiés : ces arbres, ces prairies, ces vergers, tout "cela" (tout "ça") va être rasé à l'arrivée de l'autoroute. "Cela" et "ça" reprennent une idée de globalité.

Mais bien souvent, "ça" n'est pas un vrai pronom qui remplace mais un opérateur grammatical qui fait fonctionner le verbe qui a bien besoin d'un sujet.
Notamment pour des verbes impersonnels ou météorologique : "ça se couvre", "ça va se dégager". De même quand on dit "ça avance", "ça va barder", "ça va être ta fête", "ça s'arrange, ton affaire ?" "Il n'y a pas à dire, un chien ça tient compagnie"…

Parfois, "ça" renvoie à un réel vivant qu'on évite de nommer et qu'on remplace par ce tour indéfini. C'est très souvent péjoratif dans ce cas-là : "ça prend des manières à 15 ans et ça les garde à 30". Cette tournure est un peu ancienne. "Ça naît un beau soir sur la Butte, ça pousse on ne sait pas trop comment, et puis d'cabrioles en culbutes, ça tombe dans les bras d'un amant".

Enfin, "ça" fait partie d'expressions figées où il n'a jamais remplacé "cela" : "c'est comme ça" (= "c'est ainsi" ; Cf. "les Histoires comme ça"), "ça suffit comme ça".
On a aussi avec "ça" = par-dessus le marché, ironique, pour renchérir sur une qualité ou un défaut ; souvent ironique : "et modeste avec ça !" "Comme ci, comme ça" = à peu près, pas fameux, qu'on module souvent de façon familière en "couci couça".



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