APARTHEID

Par: (pas credité)


Les élections en Afrique du Sud ont bien montré que, si tous les problèmes raciaux n'ont pas disparu dans cet état, une page est radicalement tournée : on n'est plus dans l'" après-apartheid ", on est dans l'" après-Mandela ". Il n'empêche : on peut quand même revenir sur ce mot terrible qui a marqué l'Afrique du Sud des années durant.

Il s'agit d'un mot " afrikaans ", c'est-à-dire qu'il appartient à la langue néerlandaise parlée en Afrique du Sud. Sa traduction officielle en français est développement séparé, ce qui ne signifie pas grand-chose si l'on ne précise pas qu'il s'agit du développement séparé de différents groupes humains d'origines ethniques différentes : les blancs et les noirs, pourrait-on dire, pour faire court - mais c'est compter sans l'affreuse manie classificatrice des bureaucrates d'Afrique du Sud qui recensaient tout un éventail de statuts liés à l'origine des gens (métis, Indiens, etc.). Tous les racismes y trouvaient leur compte, sachant bien sûr que rien n'était censé être supérieur au blanc protestant. L'apartheid était donc la séparation des " races " dans la vie sociale.

Le mot est bien senti comme étranger en français. Comment le prononcer ? On aurait tendance à le prononcer " à l'anglaise " alors qu'en fait, on ferait mieux de le prononcer
tel qu'il s'écrit.

Bizarrement la transparence linguistique qu'il évoque n'est pas illusoire : il vient bien du français à part auquel on a rajouté un suffixe qui sert à former des noms abstraits. C'est, si l'on veut " l'apartitude ". Comme presque tous les mots qui appartiennent au vocabulaire des pratiques racistes, le mot, pris dans son sens propre, ne pointe pas de supériorité d'un groupe humain sur un autre : il se présente comme neutre. Ce n'est que replacé dans les circonstances historiques qui l'ont vu se développer qu'on comprend qu'il recouvre une oppression particulièrement odieuse.

" Apartheid " est-il synonyme de " ségrégation " ? Oui et non. " Apartheid " est d'abord réservé au contexte sud-africain alors que " ségrégation " est plus général. D'autre part, l'" apartheid " était officiellement un mode de vie politique, alors que la " ségrégation " est plus un état de fait.
Ce mot à l'origine désigne la séparation du troupeau de certains animaux (même famille que " grégaire "). Son sens politique est né avec le colonialisme et s'est d'abord appliqué aux colonisateurs : eux-mêmes se séparaient du reste de la population et isolaient leur habitat et leur vie. Puis le mot s'est appliqué, non plus à ceux qui s'isolaient volontairement, mais à ceux qu'on écartait, qu'on reléguait. (Cf notamment le sud des Etats-Unis).
Et, à cause probablement de la similitude des suffixes, on a opposé la " ségrégation " à son symétrique opposé, l'" intégration ".
Un troisième mot exprime également un comportement dicté par le préjugé racial : la " discrimination ".



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