MACHINES A COUDRE ET A ECRIRE

Par: (pas credité)


Gloire soit rendue au grand Jacquard, Joseph-Marie qui inventa au début du XIXème siècle un "métier à tisser" plus rapide, plus automatisé et plus sophistiqué que ce qui existait auparavant. Hélas, les canuts qu'il aimait ne surent toujours lui rendre justice, pensant que progrès technique et progrès social n'allaient pas forcément dans le même sens. Mais l'histoire des sciences a su mettre Jacquard au panthéon de ses héros, et le discours d'inauguration du salon des machines textiles qui se tient actuellement Porte de Versailles a dû s'en rappeler. Mais si la technologie a évolué, la langue n'est pas en reste.

A l'époque de Jacquard, on parle donc de "métier" - un mot très général, qui a désigné l'activité, puis le savoir-faire, puis l'outil avec lequel on travaille. Et quand "métier" désigne un outil, c'est en général à un métier à tisser qu'on pense. Ainsi dans le vers célèbre qui s'applique à l'art poétique : "cent fois sur le métier remettez votre ouvrage"… C'est au tissage qu'est comparé l'art d'écrire. Mais aujourd'hui, les "métiers" Jacquard ont vécu, et le mot métier à tisser ne s'applique plus guère qu'à une activité artisanale.

En fait le tour "métier à" a été remplacé par "machine à" selon le même principe, et à partir d'un mot presque aussi vague. Et ce type d'expression a été productif, essentiellement au XIXème siècle et au XXème siècle pour des outils industriels, puis de plus en plus individuels et familiaux.
Le premier qu'on note est la "machine à carder" (1801) pour fabriquer les matelas et qui est restée d'un usage bien spécialisé.
Mais la "machine à écrire" apparaît dès 1857 et on notera en rafale : la "machine à coudre", à tricoter, à laver, à calculer …
Mais elle a vécu, "la machine à" … elle n'a plus d'actualité, elle n'a plus de descendance.
Recensons un peu.
L'informatique a eu la peau de la "machine à écrire" qui s'intègre aujourd'hui dans un dispositif bien plus performant. Mais si on veut encore isoler la fonction d'écriture, on parlera de traitement de texte. Par raccourci paresseux, le processus donne son nom à l'ustensile.
La "machine à tricoter" semble un peu désuète (le nom comme la chose) tout au moins dans les familles. Et seule la "machine à coudre" semble survivre, bien que le mot évoque d'abord la Singer noire à volant, avec sa table à pédalier.
Et la "machine à laver" alors ? C'est sa sœur cadette qui peut-être lui a joué un sale tour. Car la "machine à laver la vaisselle" s'est réellement abrégée en lave-vaisselle pour ne pas être confondue avec la "machine à laver le linge". Et cette dernière, en retour est de plus en plus appelée "lave-linge", même si le mot reste encore surtout commercial - le mot des vendeurs et des catalogues. Mais comme d'un autre côté, on parle aussi de "sèche-linge", le modèle verbe + nom devient prégnant.
Quant à la "machine à calculer", je n'en parle même pas. Dès qu'elle s'est miniaturisée, elle est devenue "calculatrice", pour ne pas dire "calculette".



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