FAMILLE, JE VOUS AIME

Par: (pas credité)


La Fête des mères est derrière nous, celle des pères se profile à l'horizon. L'un vichyste, l'autre plus franchement commerciale font maintenant partie du paysage, rejointes, plus modestement, et plus cyniquement par la fête des grands-mères, tout ça pour engraisser les boutiquiers en laïcisant la Sainte Famille.

Mais cette famille est présente dans des expressions du langage courant depuis bien longtemps, chaque membre de la famille ayant d'ailleurs une image particulière, au-delà de la mère et du père - même si le secteur familial reste pauvre et vague en français (Cf oncle/avunculus et patruus en latin ; et beau-père/step-father et father in law en anglais.
Avec la sœur, on est plus direct : "Et ta sœur !" Locution familière, souvent enfantine qui signifie "occupe-toi de tes affaires" ( sous-entendu probablement : "ne t'occupe pas de ça. Moi je ne m'occupe pas de tes affaires privées - comme ta sœur". La tournure est fréquemment assortie de l'inévitable. "Et ta sœur, elle bat le beurre ?" Alors qu'un dictionnaire d'argot de 1881 signale déjà : "Et ta sœur, elle est malade ?" Et cite également un refrain populaire : "Et ta sœur, est-elle heureuse ? A-t-elle eu beaucoup d'enfants ? Fait-elle toujours la gueuse pour la somme de trois francs ?" On le voit, l'allusion injurieuse fuse sur un fond de sexualité vénale, comme c'est souvent le cas avec la mère de l'interlocuteur.

Plus fantaisiste, on peut entendre dans le même contexte agacé : "je ne t'ai pas demandé si ta grand-mère fait du vélo" - image moins vulgaire qui évoque une France désuète à la Dubout. La grand-mère est également utilisée pour freiner une outrance, une exagération, une demande qui dépasse ce qu'on est en droit d'attendre : "Dis donc, faut pas pousser grand-mère dans les orties" ("parfois, c'est postérieur, dans les bégonias").
Frère et sœur des parents sont investis d'images différentes.
La tante, outre son utilisation abjecte pour désigner des homosexuels (simplement probablement parce que le mot est féminin - on a dit jadis ma cousine dans le même sens) a une signification assez charmante. "Ma bague en rubis ? Elle est chez ma tante", c'est à dire au Mont-de-Piété, chez le prêteur sur gages, au Crédit Municipal.
Quant à l'oncle, avec sa silhouette légendaire à la Tati, c'est un substitut paternel affectueux et lointain dont on peut par conséquent tout attendre… Une Providence, "un Oncle d'Amérique" - mythe de celui qui est parti au loin, a fait sa fortune mais pas d'enfants, et se rappelle au moment opportun et ultime son neveu ou sa nièce.
Terminons avec une exclamation qui ne vaut que par son assonance expressive : "un peu mon neveu ! "




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