SANITAIRE

Par: (pas credité)


Le Coca-Cola après la dioxine, le poulet après la vache folle. Le plus modeste des casse-dalle a dorénavant un faux air de roulette russe. Assisterait-on à une catastrophe "sanitaire", de même qu'on avait prédit, il y a quelques temps des catastrophes humanitaires ? Cantonnons-nous à un point de vue linguistique et remarquons qu'une catastrophe, aussi affreuse soit-elle, n'est jamais en soi ni "sanitaire", ni humanitaire : elle est simplement catastrophique et c'est tout. Mais si on emploie ce mot de "sanitaire" à propos de tous ces risques collectifs, et ces menaces dues à une industrialisation hâtive et peu maîtrisée des produits alimentaires, c'est probablement à cause de cette rime. On a donc un paradigme humanitaire, sanitaire, alimentaire …

"Sanitaire" dérive savamment de "sanitas" ("santé" en latin). Et le mot est plutôt récent : pas avant 1800, et son évolution et ses emplois sont un peu comparables à ceux d'"hygiénique".

Le mot a d'abord été surtout préempté par l'armée, où les "services sanitaires" étaient les services de santé, et même les "sanitaires", ceux qui travaillaient dans ces services (sorti d'usage).

On le voit, le mot s'applique plus à un contexte de santé publique que privée.
D'ailleurs, le "cordon sanitaire" est une expression qui voit le jour vers le début du XIXème siècle, pour désigner l'ensemble des postes de surveillance qui surveille une sorte de ligne frontière, délimitant une zone à risques (épidémies, notamment). Mais l'expression a eu du succès, et a désigné aussi bien les mesures prises pour isoler une région.

Mais parallèlement, le mot s'est appliqué aux commodités de la vie moderne - en particulier, l'installation et l'évacuation d'eau dans les habitations. Par voie de conséquence, tout ce qui était cuisine, mais surtout salle de bains et toilettes. Les "sanitaires" sont donc les salles d'eau. Et le mot est devenu plus particulièrement l'un des nombreux euphémismes pour désigner ces "lieux d'aisance". Le vocabulaire administratif urbain en a même tiré le dérivé "sanisette", pour désigner des petites cabines payantes, installées dans certaines grandes villes, et qui évite qu'on aille boire un petit blanc au café le plus proche dans le seul but d'évacuer le précédent.




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