CONCORDE

Par: (pas credité)


C'est le 16 septembre 1999 que se déroule en Algérie un référendum sur la "concorde civile". Belle appellation ; mais qu'est-ce exactement que la "concorde" ?

Cette "concorde civile" évoque la paix civile, un climat qui s'opposerait à l'insécurité, ou à une atmosphère de guerre civile. Sécurité et tranquillité, donc. Mais le mot de "concorde" semble plus chaleureux et implique une idée de fraternité, d'unisson des cœurs. Et cette idée d'unisson reprend d'ailleurs l'un des sens premiers du mot en français puisqu'il a été un temps spécialisé dans le lexique musical : la "concorde" correspondait à ce qu'on appelle aujourd'hui l'accord. Le mot "concorde" aujourd'hui n'est pas très fréquent et, plus qu'une relation privée, s'applique plutôt à l'union qui règne au sein d'une communauté : famille, cité, pays…

D'ailleurs, le mot a une véritable histoire politique, liée à celle de la République : la France a connu trois grandes solennités républicaines qui portaient le nom des fêtes de la "Concorde" : le 25 messidor an VIII devant les Invalides (le Temple de Mars d'alors), le 20 avril 1848, place de l'Etoile, et le 21 mai 1849 au Champ de Mars.

Et cette "concorde" a aussi servi à nommer l'une des plus belles places de Paris. En 1744, à la suite du retour à la santé de Louis XV qu'on appelait encore le Bien-Aimé, les Parisiens décident de lui élever une statue. Et la place ainsi prend son nom. Elle sera ensuite débaptisée pour s'appeler Place de la Révolution et la guillotine y trônera pendant toute la Terreur. Thermidor arrive, et en octobre 1795, la place devient celle de la "Concorde", pour symboliser un certain idéal révolutionnaire. C'est aussi que cette "Concorde" nous vient des Romains chez qui la déesse Concordia, avec ses attributs - rameau d'olivier, caducée, corne d'abondance - magnifiait la paix, la sagesse et la prospérité.

Et cette idée d'entente nationale peut même s'étendre à des relations entre nations différentes, comme en témoigne l'avion qui porte ce nom et qui a été construit conjointement par la France et la Grande-Bretagne.

L'opposé de la "concorde", c'est bien sûr la "discorde", étymologiquement la dissension, la séparation entre les cœurs. Le mot -assez recherché, guère plus fréquent que "concorde"- évoque plutôt un état qu'un différend ponctuel : la "discorde" s'était installée entre les époux…

Mais c'est l'expression "pomme de discorde" qu'on entend souvent et qui est intéressante par le léger décalage qui existe entre son emploi et l'histoire étymologique qui en est à l'origine. En français contemporain, la "pomme de discorde", c'est le sujet qui fâche - les taxations de certains produits agricoles dans les échanges commerciaux franco-américains par exemple. Alors que dans la mythologie, la "pomme de discorde" n'était qu'un objet qui semait la zizanie qui faisait surgir la dispute, mais pas la raison de cette dispute elle-même.




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