FIL

Par: (pas credité)


Parmi toutes les manifestations qui constituent l'opération "Lire en fête", l'une d'elles a retenu mon attention, qui s'intitule "Lectures au fil de l'eau". Plusieurs comédiens et écrivains doivent prendre place demain, sur deux batobus, et lire des textes qu'ils auront choisis, tout en descendant lentement le fleuve : "au fil de l'eau". Bien sûr, le jeu de mot n'est pas loin : "au fil de l'eau", "au fil du texte"… Mais il est intéressant de s'interroger sur ce mot "fil".

Ce mot bref représente une présence ténue, d'autant plus importante parfois qu'elle est presque invisible. La première idée qu'il propose est celle de ce qui passe, de ce qui coule. Et l'image vient non pas du "fil" qui sert à tisser, mais de celui qui sort du rouet, de celui qui apparaît et qui passe. Rouet ou araignée, en tout cas cette sécrétion mystérieuse et régulière donne l'idée du temps : "au fil des ans", des heures, etc.

Et cette régularité passe pour naturelle, ni trop rapide, ni trop lente : on se laisse porter par un élément : "au fil de l'eau" signifie à la vitesse du courant.
L'image a émigré vers des terres plus abstraites : "au fil de la plume" signifie sans préméditation, en suivant ses associations : l'écriture est d'un seul jet, sans corrections, sans repentir ; et le "fil de la pensée" correspond à cette même suite logique. On parle ainsi du "fil de ses idées", ou du "fil de l'histoire", ce qui évoque un enchaînement logique.
Et si on "perd le fil", c'est qu'on a sauté une étape, qu'on ne se repère plus très bien par rapport à l'ensemble. Ce n'est pas toujours préjudiciable d'ailleurs : Paul Valéry ne disait-il pas "penser, c'est perdre le fil" ? La rupture d'une association d'idées qui ronronne peut provoquer un sursaut conceptuel salutaire. On n'est pas loin de ce que Gaston Bachelard appellera rupture étymologique.

Enfin, le "fil rouge" est celui qui donne un logique profonde, une continuité à ce qui sans ça pourrait n'être qu'une mosaïque de personnages et d'anecdotes : Shariar, Shéhérazade, et leur relation compliquée, forment "le fil rouge des Mille et une Nuits".




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