SOLIDARITE

Par: (pas credité)


L'un des mots qui semblent bien représenter les valeurs de notre époque. Le récent forum de la "solidarité" en témoigne, mais c'est de toute façon un mot qu'on entend beaucoup, en ces temps de crise, de difficulté, de chômage. Les gens sont moins explicitement politisés, moins syndiqués qu'au temps du plein emploi, mais plus sensibles à une sensibilité d'entraide, d'écoute mutuelle.

Premier constat, la proximité avec la famille "solitaire" n'est que le fruit du hasard, et les sens des deux mots sont franchement opposés : celui qui est "solitaire" est seul alors que celui qui est "solidaire" est censé être avec les autres.
Mais l'étymologie du mot est originale et intéressante.
Elle est latine et juridique, et dérive de la famille du terme "solide".
Remontons à l'expression "in solido", qui fut utilisée depuis longtemps en droit français. "Solidum", dans cet emploi désigne à la fois ce qui est solide, massif et ce qui est total, global. "In solido" signifie donc à peu près en totalité. Il s'agit donc d'une responsabilité commune : on est responsable de soi comme des autres, notamment en matière de créance : si votre associé ne peut payer ce qu'il doit, il vous faudra payer à sa place : la dette ne se morcèle pas, ni la responsabilité. C'est ainsi qu'on parle d'"obligation solidaire".

C'est de cette idée de dépendance réciproque qu'on est arrivé à celle d'entraide, mais assez tardivement : cet emploi ne date que du début du siècle.
Cette "solidarité" évoque donc un sentiment altruiste et désintéressé qui pousse à aider ceux qui sont dans la peine, dans l'embarras, dans le besoin, alors que soi-même, on n'est pas immédiatement touché. Mais si l'on est épargné, on a quand même le sentiment que le malheur qu'on essaie de soulager chez les autres, aurait pu vous arriver : la "solidarité" repose souvent sur un sentiment d'égalité, en même temps que de fraternité. On voit que les deux tiers de la devise républicaine sont concernés. Et le mot est d'ailleurs employé dans certaines dénominations officielles, puisqu'on paye chaque année un "impôt de solidarité".

Le mot a de toute façon eu de nombreux emplois politisés dans l'histoire récente, même hors de France et du français : on se souvient du syndicat "Solidarité", en Pologne (Solidarnosc), dont la force a fait beaucoup pour le changement de régime. Et bien plus récemment, la manifestation Solensi ("solidarité" enfants SIDA) a fait également largement parler d'elle.
A l'inverse, le mot "désolidariser" (surtout à la forme réflexive : "se désolidariser") signifie en général qu'on prend de la distance avec un mouvement, qu'on est plus d'accord avec quelqu'un ou avec une position : on ne saurait ainsi en être tenu pour responsable.




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