MALBOUFFE

Par: (pas credité)


José Bové, champion de la lutte contre la "malbouffe" ? C'est, en tout cas, ce militant au langage vert qui a mis à l'honneur cette expression assez parlante. Qu'est-ce que c'est ? Le mot concentre un certain nombre de tares modernes qui tournent à la fois autour d'une mauvaise alimentation et d'une mauvaise façon de s'alimenter. Dès qu'on susurre "malbouffe", on entend OGM (organismes génétiquement modifiés), transgénique, vache folle, poulets aux hormones, et on sous-entend coca-cola, ketchup, hamburger, préparations insipides et uniformes… le monstre américain est désigné à la vindicte populaire. Mais, on entend aussi qu'on mange n'importe comment, trop vite, debout… Toute la déferlante du fast-food s'oppose à une autre imagerie : celle du fromage non pasteurisé, qui a du goût et du bleu, celle de la tartine, du verre de vin râpeux, du chabrot avec Papé, du banc de bois où l'on prend le temps de s'asseoir, de l'accent épais et des mains calleuses, du cassoulet qui -par une magie illogique - fait diminuer le taux de cholestérol... toute une culture labellisée sud-ouest.

Vous en ferez ce que vous voulez, ce qui m'intéresse, c'est le mot "malbouffe", mot récemment inventé, familier évidemment, et dont le populisme astucieux rend bien compte de ce qu'il dénonce et, en même temps, qu'il indique la truculence directe de celui qui le profère.

"Bouffe" est bien sûr un mot déjà familier. Il dérive d'un radical qui, depuis le latin et l'italien, fait allusion à un gonflement (de la bouche, mais par extension peut-être aussi du ventre, etc. Cf. "bouffi"…). Mais si familier qu'il soit, le mot "bouffer" n'est pas toujours péjoratif. Il n'évoque pas la haute gastronomie raffinée : "on ne va pas bouffer chez Taillevent". Mais on peut très bien parler d'une bonne "bouffe", de bien "bouffer", etc. Et le déverbal (le nom formé sur le verbe), la "bouffe" évoque à la fois ce qu'on mange et la façon de le manger.

La "malbouffe" est donc presque un genre de vie, un type de société, et le préfixe mal est bien choisi, puisque c'est plus un préfixe péjoratif qu'un préfixe négatif ; il signifie en gros mauvais, et on le trouve dans nombre de mots eux-mêmes péjoratifs :
"Malnutrition" d'abord, mot savant qui a probablement servi de calque à "malbouffe".
Mais aussi malformation (infirmité de naissance), malfaçon (défaut de fabrication), malversation (détournement de fonds), maldonne (erreur de distribution dans les jeux de cartes, mais le mot est souvent employé au figuré), malveillance (contraire de bienveillance : désir de nuire). Et on voit que tous ces mots sont non seulement négatifs, mais qu'ils évoquent souvent une intention honteuse : il s'agit bien du mal : non seulement mauvais mais condamnable.



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