MANŒUVRE

Par: (pas credité)


Le premier exercice préparatoire aux manœuvres "Gabon 2000" a commencé, avec des troupes de plusieurs pays d'Afrique, et le soutien technique et logistique de la France (entre autres pays).

Que veut dire "manœuvre" dans ce sens-là ? En fait, il s'agit un peu de jouer à la guerre, de simuler une guerre pour tester, au plus près de ce que serait la réalité, comment réagit sur le terrain une armée ou une alliance.

Mais le mot même de "manœuvre" vient de loin, de bien loin.
Décomposons-le : on a "main" et "œuvre". Ce qui découle d'ailleurs droit du latin (bas-latin, il faut l'avouer) où l'on trouve, paraît-il, le mot "manuopera", mot à mot, le travail fait à la main.
En ancien français, la "manuevre", puis la "manœuvre" a désigné le travail manuel, et en particulier, le travail pénible et forcé - la corvée.
De ce sens, on trouve encore des traces en français moderne, avec toutefois des modifications. Le mot est devenu masculin, et il ne désigne plus le travail, mais le travailleur. Un "manœuvre" (même si le mot est légèrement désuet, et pas du tout technique) désigne un travailleur non qualifié, et en général un travailleur de force. Le mot s'emploiera plutôt à propos d'un travail de chantier ou de manutention.
Mais revenons à l'ancien temps : le sens du mot a évolué. Au XVIIème siècle, la "manœuvre" appartient au lexique maritime. Il s'agit des opérations nécessaires pour diriger le bateau. Et de là, la "manœuvre" a même désigné l'ensemble des cordages.
Là encore, le français moderne a gardé des traces de cet emploi, en l'adaptant, puisqu'on appelle "manœuvre" la façon de faire se mouvoir un véhicule quelconque. La "manœuvre" désigne plus spécialement une opération un peu délicate, faite au ralenti, souvent pour partir ou arriver (pour quitter le port, ou se garer).
Puis, au début du XVIIIème siècle, le mot aborde la sphère militaire pour prendre le sens que nous mentionnions au début, par conséquent celui qu'il a encore. (Cf quelques locutions comme "grandes manœuvres", "champ de manœuvres"…).

Mais le mot a facilement des accents péjoratifs : les "manœuvres" politiques, électorales, sont proches de la manipulation (encore une histoire de main) : agissements de basse tactique, avec souvent une idée de diversion.
Le verbe est souvent péjoratif également, mais peut-être pas autant ("il a habilement manœuvré"). Et on le rencontre parfois dans une construction pronominale de sens passif : "il s'est fait manœuvrer", synonyme de "il a été manœuvré", "il s'est fait manipuler".




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