RE

Par: (pas credité)


La Basilique Saint-François d'Assises, gravement endommagée par les séismes survenus en septembre 1997 va de nouveau être ouverte.

Remarquez comme je suis prudent : de nouveau ouverte. Je me garde bien de dire "rouverte" ou "réouverte". C'est que le bât blesse.
Rallions-nous à la norme du "bon usage" : on parle de "réouverture" non de *rouverture. Mais, en principe, le verbe "réouvrir" est proscrit : "rouvrir" existe et il faudrait s'en contenter. Le problème est que l'on ne s'en contente pas et que de plus en plus souvent (à la fureur des puristes), on entend dire "rouvrir". Dans quel contexte ? Souvent journalistique, et souvent dans un oral qui, plus ou moins, imite l'écrit ou prétend l'imiter, en tout cas - un oral surveillé, même s'il est mal surveillé. La faute se comprend : on tente de reconstituer, de réarticuler en combinant le verbe d'origine avec le préfixe.

Quel préfixe ? Là est le problème. "Re" s'utilise toujours devant une consonne (prendre - reprendre). Devant une voyelle, deux cas sont possibles : "R-" ou "Ré-". Et il n'y a pas de règle générale pour l'utilisation de l'un ou de l'autre.
Que dit l'usage ? Que devant certaines voyelles, "r-" est impossible et "ré-" obligatoire : u et i : ex. : "réunir", "réitérer", "réinstaller".

La plupart du temps, devant a, e, o, on utilise "r-". Et souvent, ça a donné lieu à des verbes qui existent en soi, dont on n'a pratiquement plus conscience qu'ils ont été composés avec ce préfixe "réitératif" : "rattraper", "rajouter", "rentrer"… Ils ont d'ailleurs un sens spécifique, qui ne correspond plus à une "réitération" du verbe d'origine. Et c'est ce qui explique que parfois, on puisse utiliser le préfixe "ré-" comme "réitératif" réel : "on va réengager la mèche dans le trou : il n'est pas assez grand"….

On a même maintenant des couples de mots de sens différents :
"Ranimer" qui a un sens propre et souvent un sens figuré ("ranimer la flamme") ; "réanimer" qui ne s'emploie que pour "ramener" à la vie quelqu'un qui a perdu conscience.
"Rajuster" et "réajuster" : ("Je suis entré dans le bureau du patron. Marguerite "rajustait" son corsage : le patron venait de lui promettre de "réajuster" son salaire".)
"Récrire" et "réécrire", le premier étant un peu ancien, le deuxième, un calque de l'anglais "rewrite".




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