TRANSPARENCE DES LANGUES ROMANES

Par: (pas credité)


On a parlé récemment de la "transparence" des comptes et de l'économie. Il y a plus abstrait, et on peut parler aussi de "transparence" sonore, de la "transparence des langues" entre elles. Il est vrai qu'avec un peu d'intuition et d'attention, un francophone comprend pas mal de choses s'il entend un Italien, un Portugais, ou un Espagnol. C'est que les lexiques ont la même origine (enfin pour une grande part) et que beaucoup de mots ont une racine commune, avec des évolutions différentes.

A partir de là, l'initiative Eurocom 4 a imaginé une expérience pédagogique originale à partir des échos, des rimes internes des "langues" de même famille. L'expérience s'adresse à des adultes et ne concerne que la compréhension de documents écrits. Elle ne se donne pas pour but un apprentissage raisonné et complet des "langues", mais se propose seulement d'amener un lecteur à comprendre à peu près un court article de journal écrit dans une "langue" qu'il ne maîtrise pas, mais qui est voisine de la sienne. Mais l'originalité la plus éclatante de cette expérience est de faire travailler les élèves sur quatre "langues" à la fois, l'une d'entre elles étant sa langue maternelle. Les premières "langues" concernées ont donc été le français, l'italien, l'espagnol et le portugais.
Claire Blanche-Benveniste en est à l'initiative et elle a commencé à travailler là-dessus à l'Université d'Aix-en-Provence.
On sensibilise donc les étudiants à une certain nombre de ressemblances/différences entre ces quatre idiomes - à commencer par l'orthographe. Il y a, par exemple, beaucoup plus de lettres grecques, et de "souvenirs grecs" en français que dans les autres "langues" (photographie/fotografia… sans parler de chrysanthème). Mais, on peut aller plus loin : les préfixes privatifs se ressemblent sans être toujours semblables (de-, dis-, s en italien…). Les séquences initiales des mots se font de l'œil (scuola, école…), de même que les séquences finales et que les mots symétriques (les mots en -tion, type "concentration" en français ; les mots en -té, type "liberté", "université", "communauté".) Du même coup, les étudiants perçoivent vite un certain nombre de différences entre les "langues", et notamment entre les "langues" étrangères et leur "langue" maternelle. D'un point de vue syntaxique, par exemple, le français fait entendre beaucoup plus de sujets que les autres. Ce sujet est presque toujours exprimé, là où d'autres "langues" ne le font pas entendre ("il est midi, il fait beau, nous sommes mercredi"…) et parfois même deux fois ("l'horloge est-elle à l'heure ?"). Ce type de travail provoque donc rapidement une réflexion sur la "langue" maternelle, donne de la distance par rapport à ses évidences, met en perspective ses fonctionnements, et active par là même une activité d'apprentissage.
Répétons-le : cette activité n'ambitionne rien d'autre que de déclencher un désir d'apprendre et de donner une certaine facilité à sauter le pas qui sépare une "langue" d'une autre. Mais elle semble extrêmement concluante.




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